Jogger : l’art d’apprendre à faire dur et accessoirement de se mettre en forme

Jogger : l’art d’apprendre à faire dur et accessoirement de se mettre en forme
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Comme le disait Lavoisier, « rien ne se perd, rien ne se créer, tout se transforme ». C’est cette phrase-là qui résonne entre mes deux oreilles quand je m’enfile une tranche de bacon derrière la cravate. À vrai dire, je n’ai jamais porté de cravate (sauf une fois à l’Halloween), et je suis incapable de ne manger qu’une seule tranche de bacon (essayez, juste pour voir), mais vous comprenez l’image.

Il y a quelques années, j’ai décidé de tenter ma chance dans la course à pied. Je m’entraînais déjà dans un gym, mais suer dans l’odeur de sueur des autres…OK, la vérité c’est que je suis une grosse paresseuse qui n’aime pas laver les crisses de machines avant et après chaque usage. Bon. Et puis j’avais des amis joggeurs, sans compter que c’est un sport qui a déjà été très couru dans ma famille (ha ha!). La première fois que je suis sortie courir, ça m’a pris une bonne trentaine de minutes pour me préparer. Des « pétalons stretchés », un t-shirt sport avec des souliers de course achetés au Château en vente à 10 $ quelques années auparavant parce que j’aimais la couleur (bleu poudre pis toute), tsé. Cheveux attachés avec un élastique pour avoir un champ de vision optimal, deux trois étirements, une ou deux gorgées d’eau, une barre tendre pour l’énergie, un petit pipi pour la route. C’est long te préparer quand ça ne te tente pas. Bref, je finir par finir de « gosser » et je sors dehors, en plein jour, en plein soleil, en pleine pas confiance.

Je me sens aussi à l’aise que le fermier qui fait son premier toucher rectal à un taureau. Quand il faut y aller, il faut y aller. Je me dis que dans le fond, tout se passe entre les deux oreilles, que c’est la « force du mental, man ». Je m’imagine déjà, quelques dizaines de courses plus tard, joggant comme une pro. Je suis déjà assez en forme, que je me répète.

Ha.

Je me tortille un tantinet, au coin de la rue, un peu en retrait de l’artère principale pour ne pas trop attirer l’attention avec mon look de novice. Et je m’élance! Je cours, et je cours, le vent dans la touffe, le regard droit devant, les bras en 90 degrés le long du corps comme la Femme bionique des années 1970! Ma confiance et mon élan ont duré un bon 15 craques de trottoir. Rouge tomate turquoise, essoufflée, le cœur qui pompe, la couette défaite. Bra-he-vo. J’allais devoir peaufiner ma technique.

J’ai fini par comprendre La Fontaine et son « rien ne sert de courir, il faut partir à point » auquel je rajoute « une craque de trottoir à la fois ». J’ai franchi non sans peine mon premier kilomètre quelques jours plus tard, en soirée, question de ne pas vivre une seconde humiliation de lâcheuse précoce en plein jour, devant les voisins. J’avais la fierté gonflée à bloc quand j’ai atteint les 5 km, et aussi le visage mauve et les pieds qui avaient le feeling de souffrir de la lèpre. Mais rendue là, il y a comme une magie qui s’est installée. Je n’ai pas vu de fée marraine brandissant une baguette pour que les oiseaux du parc Maisonneuve me transportent en soulevant mon t-shirt avec leurs pattes, battant des ailes en chantant Eye of the Tiger, mais quand même, je sentais que je pouvais aller plus loin.

J’ai pimpé ma course avec de la musique dans les oreilles. Quelle différence! L’entrain est pas mal plus au rendez-vous quand le bruit des voitures qui passent et des « chiiiiilaaaaa rhawwwschteplaaaaa fraaaaa chwouuu » que faisait ma respiration est remplacé par du bon vieux dance des années 1990. Vanilla Ice est devenu mon chum de course.

Je me suis acheté de vrais souliers dans une boutique où le vendeur a étudié ma démarche (voir que j’allais courir tout croche devant lui, nanon, je lui ai fait une chorégraphie à la Lindsay Wagner) avant de me conseiller. J’étais tellement bien dans ces souliers que je me sentais coupable d’améliorer mes performances sans trop souffrir. Mais attention, mon amour-propre souffrait quand même lui lorsque mon nez faisait une belle bulle en croisant du beau monde ou quand je me faisais dépasser comme une vielle Lada sur l’autoroute par des gens qui ont justement connu l’époque Lada. Encore aujourd’hui, tout le monde me dépasse. Je me demande bien où les gens gras et cardiaques font leur jogging…

Tout de même, la petite belette a pris goût au jogging, et c’est presque devenu une drogue. Je dis presque, parce que je flanche encore parfois au profit d’une soirée diva divan avec mes deux miches bien installées, la petite frette sur les genoux et la zappette huilée de traces de croustilles dans la main gauche. Je sais, je sais, rien ne se perd, rien ne se créer, gnagna.

J’ai quand même réussi mon défi personnel : 21,1 km, soit la distance exacte d’un demi-marathon. Merci, merci. Pas de médaille ni rien de cela parce que je l’ai couru en solo, hors circuit officiel. J’étais en compétition avec ma détermination et mon endurance. Je l’ai fait. Et c’est en boitant que je suis revenue chez moi, et j’ose le dire, en pleurant.

Parce que j’étais fière de moi, et que j’avais mal en tabarslak.

***

J’ai commencé à écrire ce billet avant le drame du marathon de Boston, mais je ne peux passer sous silence ce triste événement. Surpassons nos peurs et prenons le temps de guérir nos plaies afin de nous remettre sur pied. Ne laissons pas le mal nous empêcher de courir vers notre bonheur.

Pleine d’humour (surtout si je suis bourrée) et de contradictions (j’aime le thé et le café, le jour et la nuit, enfin vous voyez), je suis du domaine linguistique professionnellement (traductrice) et sentimentalement (mon amour du français est aussi grand que mon amour du polyglottisme). J’ai l’air érudit à sortir des mots à 100 $ comme « polyglottisme » (pas pire au Scrabble celui-là), mais je ris comme belette au mot « pet », et je me gausse quand ça rime en crime. Humblement ici pour m’amuser, expérimenter et divertir un peu. Aucune ligne directrice ou plan déterminé. Sur un nowhere rédactionnel. Folle de même.

2 Comments

  1. Bravo! Tu peux être fière de tes exploits 🙂

    J’avais débuté le programme c25k (Couch-to-5k) l’année dernière, mais j’avais arrêté à cause de l’hiver. J’ai trouvé que c’était une belle méthode pour débuter la course à pied (c25k.com)

    • Merci Jérémie! Le printemps est le moment idéal de s’y remettre. Go les jambes! 😉

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