Le plaisir de lire

Le plaisir de lire
Le plaisir de lire
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Ça m’a toujours fascinée, que 26 lettres puissent réussir à former des mots qui ont du sens et que ces mots, mis les uns à la suite des autres, réussissent à former une histoire, à nous divertir, à nous émouvoir, à changer notre vie.

Je lis depuis que je suis toute jeune. Je suis la cadette d’une famille de trois enfants. Mes parents lisent énormément, et les trois enfants ont imité leurs parents. Mon premier « roman » (après les Oui-Oui, bien sûr) fut Le Petit Prince, de Saint-Exupéry. C’était un peu plus difficile à lire que les Oui-Oui, et pour dire franchement, je ne suis pas certaine que j’ai tout compris du premier coup. Ensuite, je suis passée à un niveau plus élevé avec Anne, la maison aux pignons verts. Ma grande sœur l’avait lu, je pouvais le faire aussi. Je me souviens, j’étais presque solennelle à la première page de cette « brique » que je tournais. Et j’ai tout lu, et puis ce fut le tour de Michel Tremblay, qui m’a initiée à un tout autre monde, mon premier livre en joual, La Grosse Femme d’à côté est enceinte. Je me souviens d’avoir ri de toutes ces expressions bien québécoises, écrites dans un livre officiel. Des heures et des heures à lire tous les livres des Chroniques du Plateau Mont-Royal. Et quand je pense au livre qui m’a le plus marquée, c’est indéniablement Le Monde de Sophie. Je me souviens du moment exact où ma vie a changé, en plein dans le métro de Montréal, sur la ligne bleue. C’est fort, un livre.

Le Monde de Sophie

Lire a toujours été un plaisir, sauf pour les lectures obligatoires au cégep. Je me souviens qu’on nous faisait lire des platitudes de classiques. Mais plus tard, lorsque je n’étais pas du tout obligée de le faire, j’en ai lu plusieurs de ces classiques, pour le fun. Et peut-être parce que je n’y étais pas forcée, je les ai aimés. Je me dis qu’on ne devrait jamais forcer quelqu’un à lire, et comme Daniel Pennac le dit dans son essai Comme un roman, on a le droit de ne pas finir un livre (désolée, Robinson Crusoé).

Lire est pour moi un moment privilégié, où je rentre dans un univers. C’est comme un code qu’on décrypte. On ne peut pas connaître le livre autrement qu’en y passant des heures et des heures. Une adaptation n’est qu’une adaptation, aussi bonne soit-elle. Quand le fils d’une amie a commencé à lire, j’étais très émue de le voir comprendre enfin les lettres et les mots. Je lui ai dit qu’il faisait maintenant partie des chanceux qui connaissent « Le Code ».

Contrairement à ce qu’on peut imaginer des rats de bibliothèque, les grands lecteurs ne sont pas forcément asociaux. Tout comme la connivence des passionnés de jeux vidéo qui se rencontrent et discutent de choses qui dépassent la compréhension du commun des mortels, quand deux mordus de lecture se mettent à parler littérature, il y a un lien qui se créer. Je pose souvent la question aux gens que je croise, pour savoir s’ils font partie de la gang. Et quand c’est le cas, c’est parti pour la gloire!

Alors, imaginez le plaisir de savoir qu’un de mes amis a non seulement écrit un livre, mais l’a publié! Philippe Denis a toute mon admiration. Ça m’a fait tout drôle au départ de prendre son roman, Le récit du roi de brume, et de lire les mots qui étaient les siens. Et puis je suis complètement rentrée dans l’histoire, dans cet univers tout particulier d’un mode créé de toute pièce, au point d’oublier que je connaissais personnellement l’auteur. Et vous savez, j’ai le privilège d’avoir lu le début de son prochain livre. C’est comme être témoin d’un tour de magie qui va prendre plusieurs mois, voire des années à se réaliser.

Moi, groupie, au Salon du livre avec Philippe Denis, auteur

Moi, groupie, au Salon du livre avec Philippe Denis, auteur

Je lève mon chapeau à tous ces magiciens de mots qui réussissent à prendre des lettres et des mots et à en former des histoires qui nous divertissent, nous émeuvent, changent notre vie.

À tous les auteurs et auteurs en devenir, continuez!

Pleine d’humour (surtout si je suis bourrée) et de contradictions (j’aime le thé et le café, le jour et la nuit, enfin vous voyez), je suis du domaine linguistique professionnellement (traductrice) et sentimentalement (mon amour du français est aussi grand que mon amour du polyglottisme). J’ai l’air érudit à sortir des mots à 100 $ comme « polyglottisme » (pas pire au Scrabble celui-là), mais je ris comme belette au mot « pet », et je me gausse quand ça rime en crime. Humblement ici pour m’amuser, expérimenter et divertir un peu. Aucune ligne directrice ou plan déterminé. Sur un nowhere rédactionnel. Folle de même.

3 Comments

  1. J’ai vraiment apprécier ton mini témoignage à coeur ouvert ! juste pour te dire ,la richesse de ton humours ma finalement convaincu de lire davantage de roman quebecois ! encore merci !

  2. Je te reconnais tellement dans ce texte ma belle Émilie! J’ai vécu quelque chose d’assez intense aussi toute l’année durant, en accompagnant ma plus grande dans l’apprentissage de la lecture… Je lui ai répété tellement de fois qu’elle aurait le BONHEUR de savoir ENFIN lire! 🙂 Je peux te dire que maintenant qu’elle sait lire une histoire, comprendre une étiquette, savoir que du ketchup, ça s’écrit avec un K … Les mots sont partout et font maintenant partie de sa vie et de ses petits bonheurs quotidiens! Merci pour ton beau texte! Isa xxx

  3. Daniel, je peux maintenant mourir en paix! Merci de ton commentaire 🙂
    Isabelle, tu me mets la larme à l’oeil tellement c’est beau de lire ça!

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